El Khomri change d’indicateur sur l’emploi comme Hollande… de chemise

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LE SCAN ECO – Pour démontrer que «ça va mieux» aussi en termes de création d’emplois, l’exécutif ne cesse de changer d’indicateur et de thermomètre pour ne prendre en compte que ceux qui l’arrangent le plus. La ministre du Travail est obligée de s’adapter…

Retour à la normale ce vendredi lors de la publication de l’estimation flash (donc provisoire) de l’emploi salarié au 1er trimestre 2016. Sans surprise, Myriam El Khomri, rescapée de la motion de censure après l’utilisation du 49-3 pour adopter sa loi Travail, s’est félicitée dans un communiqué du bon résultat revélé par l’Insee. «La reprise de l’emploi salarié observée depuis fin 2014 se confirme au 1er trimestre 2016:24.400 créations nettes d’emploi ont été enregistrées dans les secteurs marchands sur le trimestre, d’après les premières estimations, soit une hausse de +0,2 %», a immédiatement réagi la ministre du Travail pour qui ce résultat «prouve que notre économie se redresse et que nos entreprises reprennent confiance».

Bref, ça va mieux et il n’y a rien à redire de ce côté-là du satisfectif ministériel, si ce n’est que le volume des créations d’emplois dans les entreprises (+106.700 sur un an) est encore insuffisant, compte tenu de la vivacité de la progression de la population active (entre 120.000 et 150.000 entrées par an sur le marché du travail), pour espérer une inversion significative et durable de la courbe du chômage.

Non, la surprise vient de l’indicateur choisi par la ministre du Travail pour se satisfaire de la reprise de l’emploi en France. Myriam El Khomri se base sur les créations d’emplois salarié recensées par l’Insee dans l’ensemble des secteurs marchands (hors agriculture), l’indicateur communément utilisé par les spécialistes. Et non, comme depuis deux mois après la publication des données définitives du quatrième trimestre 2015 (et donc de l’ensemble de l’année passée), où elle retient plutôt les créations dans l’ensemble des secteurs (hors agriculture, emploi public des secteurs non marchands et activités extra-territoriales). «L’extension de champ permet de couvrir les secteurs de l’éducation, de la santé, et des administrations à l’exception de l’emploi public (environ 2 millions de salariés)», explique l’Insee dans sa note méthodologique. Sont également intégrés les emplois créés dans le champ de l’action sociale, pour former au total ce qu’on appelle communément «le secteur concurrentiel», même si cette extension tient essentiellement compte des contrats aidés (hors sphère stricte de l’État).

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Pour sa défense, il faut reconnaitre que l’Insee n’a publié à ce stade que les données provisoires de l’emploi salarié dans les seuls secteurs marchands et ne s’est pas hasardé (ce qu’elle ne fait jamais d’ailleurs dans le cadre de ses flashs) à donner une estimation pour l’ensemble des secteurs. Donc Myriam El Khomri n’a pu, ce vendredi matin, que commenter les chiffres dont elle disposait…

La nuance est cependant de taille car, sur l’ensemble de l’année 2015, le delta est d’environ 20.000 entre les deux indicateurs (82.400 dans le premier cas et 102.100 dans le second). Et, même si la tendance de fond est la même (la France recrée bel et bien des emplois, après quatre ans d’atonie et de destruction), cela fait une petite différence sur l’ampleur de la reprise. En fait, ce n’est pas la ministre du Travail qui a subitement changé de thermomètre, comme Le Figaro l’a soulevé il y a un mois dans un papier publié dans le Scan Eco. Mais l’Elysée et Matignon qui, il y a deux mois, ont préféré communiquer sur l’indicateur le moins pertinent (l’ensemble des secteurs) car le total dépassait les 100.000, chiffre symbolique important à l’approche de la présidentielle. Et la rue de Grenelle, quelque peu dépitée par le fait que ce soit l’exécutif qui donne le la de la communication sur les statistiques publiées au détriment de ce qui se fait traditionnellement, avait été contrainte de suivre la ligne fixée par François Hollande et Emmanuel Macron…

Toute la question est maintenant de savoir ce que fera la ministre du Travail le 9 juin lorsque l’Insee publiera les résultats définitis de l’emploi salarié pour le premier trimestre, alors que toutes les statistiques seront disponibles. Regardera-t-elle uniquement les données des seuls secteurs marchands, comme c’est la règle? Ou suivra-t-elle encore une fois l’Elysée et Matignon qui préfereront sans doute commenter l’indicateur élargi, et forcément meilleur, de l’ensemble des secteurs puisqu’il intègre les créations d’emplois sous contrat (contrat aidé, emploi d’avenir…)? Surprise…

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