Non, le chômage des jeunes ne baisse pas

Source:http://www.alterecoplus.fr/social/non-le-chomage-des-jeunes-ne-baisse-pas-201601291235-00002944.html

« Le nombre de demandeurs d’emploi de moins de 25 ans a diminué de 4 % sur l’année. Il s’agit de la première année de baisse sensible du chômage des jeunes depuis 2010» Au moment de commenter la publication des chiffres du chômage de décembre, Myriam El Khomri, la ministre du Travail, a réutilisé ce 27 janvier une technique habituelle : elle a d’abord commenté d’un air grave la hausse du chômage. Puis a fini par relativiser ce premier constat en se félicitant de la réduction du chômage des jeunes. Le problème ? Cette annonce est imprécise et déforme quelque peu la réalité, car le chômage des jeunes augmente.

Il faut aller plus loin que la seule catégorie A, la plus médiatique, qui correspond aux demandeurs d’emploi n’ayant eu aucune activité dans le mois

Certes, l’année dernière, comme l’a annoncé Myriam El Khomri, les chômeurs de moins de 25 ans de catégorie A inscrits à Pôle emploi ont diminué de 4 %, soit 21 900 jeunes chômeurs de moins. Pour autant, le chômage des jeunes baisse-t-il vraiment ?

Pour le savoir, il faut tout d’abord aller plus loin que la seule catégorie A, la plus médiatique, qui correspond aux demandeurs d’emploi n’ayant eu aucune activité dans le mois et prendre en compte également les catégories B et C.

Elles regroupent les demandeurs d’emploi ayant travaillé quelques heures. Au total sur les trois catégories, la baisse sur un an n’est plus que de 0,5 %, soit 4 010 jeunes. La tendance est générale parmi les inscrits à Pôle emploi, mais les jeunes sont en première ligne du basculement vers la précarité des « petits boulots » des catégories B et C.

Changement de méthodologie et non-inscription

A cela s’ajoute un changement de méthodologie concernant le service civique : 6 900 jeunes ont ainsi « disparu » en 2015 des catégories A, B et C. Sans cette modification, le nombre de 15-24 ans inscrits à Pôle emploi dans ces trois ­catégories aurait donc légèrement augmenté sur l’année (+ 2 890 chômeurs).

Mais surtout, plus globalement, le nombre d’inscrits à Pôle emploi ne dit pas tout du chômage, car certains demandeurs d’emploi ne s’y inscrivent pas, surtout chez les jeunes qui ne peuvent pas encore percevoir d’allocations chômage. Pour apprécier réellement la situation, il faut donc se tourner plutôt vers l’enquête Emploi réalisée chaque trimestre par l’Insee. ­Selon l’institut statistique, le taux de chômage des 15-24 ans a en réalité augmenté de 0,7 point entre le troisième trimestre 2014 et son équivalent de 2015, pour atteindre 25,3 %. Soit 659 000 chômeurs et 20 000 personnes de plus sur un an. Ce taux n’était « que » de 17,6 % au début 2008.

Moins d’actifs, moins d’emploi, plus de contrats aidés

Par ailleurs, le taux de ­chômage n’est lui-même pas le seul indicateur à prendre en compte. Il faut aussi observer l’évolution du taux d’activité, c’est-à-dire du nombre de personnes qui ont ou qui recherchent un emploi rapporté à la population concernée. ­Selon l’Insee, le taux de chômage des 15-24 ans a augmenté de 0,7 point entre le 3e trimestre 2014 et son équivalent de 2015Ce taux d’activité, qui avait continûment augmenté de 33,9 % en 1998 à 39,6 % en 2009, est retombé à 37,1 % en 2015. Cela traduit notamment la tendance des jeunes à rester plus longtemps en formation, faute de perspectives réelles d’emploi, comme le confirme la hausse des inscrits à l’université (65 000 étudiants de plus en 2015 qu’en 2014).

Logiquement, le taux d’emploi des jeunes, c’est-à-dire le nombre de 15-24 ans qui ­occupent un emploi rapporté à leur population, a suivi la même tendance : il est descendu à 28,2 % en 2015, contre 30,5 % en 2009.

La situation des jeunes sur le marché du travail reste donc délicate. D’autant que les emplois qu’ils occupent sont pour une partie d’entre eux tributaires du soutien public. En 2014, 27,4 % des jeunes en emploi bénéficiaient ainsi d’un contrat aidé, contre 25,2 % en 2009. Cela reste loin des records historiques établis entre 1996 et 1998 (31,6 %), mais la remontée illustre bien la fragilité de la situation des jeunes sur le marché du travail.

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