« Avant on avait des interlocuteurs, maintenant c’est des robots. »

 

Malgré la déshumanisation et le manque de moyens, le MNCP71 continue le combat (Le Creusot)

Le MNCP71, association du MNCP basée au Creusot, se bat depuis des années pour défendre les droits des chômeurs et précaires. Elle doit faire face, dans un contexte politique local compliqué, à la déshumanisation des services publics, et ce, avec de moins en moins de moyens. Entretien avec Pascal Guillemoz, un des deux animateurs de l’association.

Aujourd’hui ils sont deux à faire tourner l’association au quotidien : Pascal et Denise, auxquels vient de temps en temps donner un coup de main une troisième personne pour des tâches administratives. Chaque lundi après-midi, ils accueillent les personnes. Le reste de la semaine, c’est sur rendez-vous en fonction des disponibilités de chacun.

 

« Avant on avait des interlocuteurs, maintenant c’est des robots. »

Les permanences du lundi de désemplissent pas. Surtout des personnes en grande précarité et beaucoup à la retraite. Avant pour résoudre une situation, le MNCP71 pouvaient contacter directement un ou une responsable, et en discutant, le problème pouvait s’arranger.

Aujourd’hui « C’est tapez 1, tapez 2 », « Ah bah non je peux pas vous répondre », « Non c’est pas moi », « Faudra rappelez ». Il faut parfois passer des heures au téléphone. La semaine dernière, ils ont passé six heures à essayer de joindre la caisse de retraite pour une dame qui est en difficulté. Ça devient insupportable, explique Pascal.

En plus, cette déshumanisation a un coût pour l’association et pour les premiers concernés eux-mêmes bien sûr. Pourtant, en 2004, une loi avait été votée pour garantir la gratuité des appels vers les services sociaux et services publics tels que le Pôle emploi, les caisses d’allocations familiales, l’assurance maladie. Mais forcé de constater qu’elle n’a jamais été appliquée. Même appeler la caisse de retraite est payant : 6 centimes la minutes.

Et pour l’association, 6 centimes plus 6 centimes plus 6 centimes… Les factures téléphoniques s’envolent vite quand il faut passer la journée au téléphone pour dénouer des situations. C’est pareil pour les recommandés qu’il faut souvent envoyer. Beaucoup de gens n’ont simplement pas les moyens financiers pour se défendre. « On voit des gens qui ne se chauffent plus, qui se nourrissent moins. Ça devient grave. » Et de son côté, le MNCP71 craint également de ne bientôt plus avoir les moyens de défendre ces personnes.

« Heureusement il y a cette solidarité quand même. »

Pour le moment ça tient avec le peu de cotisations qu’ils ont. L’association ne touche pas de subventions locales. Alors quand il faut ajouter les ramettes de papiers, l’encre, les toners de l’imprimante…  « On a notre photocopieur qui fatigue aussi. Un gars qu’on avait aidé il y a quelque temps est venu nous la réviser. Heureusement il y a cette solidarité quand même. »

Comme l’explique Pascal, aujourd’hui, les personnes qui viennent à l’association pour être soutenu n’ont plus de pouvoir contributif. Ils ne cotisent plus non pas parce qu’ils ne veulent pas mais parce qu’ils ne peuvent pas. « Par exemple, une dame qu’on a reçue hier touche 250€ de la pension de réversion de son mari pour vivre. Comment on pourrait lui demander de cotiser ? »

En parallèle de leur action de défense des droits, l’association et ses adhérents se mobilisent dans les mouvements sociaux actuels. Gilets jaunes le samedi, ils sont aussi dans les cortèges mobilisés contre la réforme des retraites.

Une journée le 19 janvier pour s’organiser

Avec les gilets jaunes du Creusot et ceux de Monceau-les-Mines, ainsi que l’association Anticor, le MNCP71 va organiser une journée d’éducation populaire dimanche 19 janvier sur les méthodes pour s’organiser et agir ensemble. Comment se regrouper et construire un collectif fort. La journée sera animée avec Adeline de Lepinay qui a écrit un ouvrage sur le sujet.

Même si le contexte est compliqué, et tant que la relève ne sera pas là, Pascal, Denise et les autres militants du MNCP71, continueront à défendre les droits des plus précaires.

Juste une rectification pour être honnêtes, nous percevons une grosse subvention annuelle de la mairie du Creusot 200 € (deux cent Euros plus de 10 ans sans un centime de plus), cela pour plus de 200 personnes suivies chaque année. La mairie met aussi à notre disposition un petit bureau, trop petit, il ne nous permet pas de recevoir les gens dans de bonnes conditions, il y est impossible d’y travailler l’été, les températures étant intenables. Nous sommes obligés de stoker des dossiers chez nous faute de place et de leur volume. Pourtant, on nous fait comprendre que nous devrions nous taire, car on nous fait un cadeau avec tout cela cherchez l’erreur ! Juste nous ne sommes ni achetés ni achetables, donc méprisés ! Nous n’avons pas d’élu municipal dans nos rangs, comme d’autres associations bien pourvues en matière de subventions ou d’aides. Il paraîtrait même que nous fassions double emploi avec AGIRE, ah bon, nous devrions ne pas avoir de personne à nous occuper si c’était le cas non ?

 

 

 

 

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