« Le rêve de Le Maire, c’est 90% des gens au SMIC 45h/semaine sans syndicat et fermez vos gueules »

En pleine crise des vaccins et alors que le nombre de chômeurs pourrait exploser d’ici quelques mois, la ministre du travail, Elisabeth Borne, veut remettre son projet de réforme de l’assurance chômage à l’ordre du jour. Pierre-Edouard Magnan, président du Mouvement national des chômeurs et précaires (MNCP), est l’invité de #LaMidinale. http://www.regards.fr Sur la nécessité d’une réforme de l’assurance chômage « Il faudrait une réforme de l’assurance chômage mais surtout pas celle qu’on nous propose aujourd’hui, ou plutôt, celle qu’on nous impose depuis plusieurs années. » « Il faut remettre à plat l’assurance chômage dans ce pays. Je pense même que c’est la protection sociale dans ce pays qu’il faudrait remettre à plat de manière plus large. » « Il faut pouvoir indemniser toutes les formes de chômage et de précarité c’est-à-dire une indemnité qui ne soit plus basée uniquement sur la seule masse salariale mais sur l’ensemble des richesses produites par le travail. » « Il faut remettre à plat la manière dont on accompagne l’ensemble d’un vie qui sera forcément faite de période de précarité et de chômage. » Sur la crise sanitaire et le chômage « Nous ne sommes jamais consultés [les associations de chômeurs et de précaires]. » « Aucun ministre du travail ne nous a reçu dans ce gouvernement et d’ailleurs je pense qu’ils ne savent même pas que les associations de chômeurs existent. » « Ma vraie crainte c’est qu’on aille vers un système de régime obligatoire, comme pour la santé, assumé par l’Etat qui serait ni plus ni moins qu’une extension du RSA ouvrant la porte à un système de régime complémentaire. » « Je suis un mutualiste et même un mutuelliste. » « On va avoir des assureurs et des banquiers qui vont arriver sur ce marché de l’assurance chômage parce que le chômage est un risque qui s’assure très bien. » Sur l’Unedic « L’Unedic est une association loi 1901. Pour l’instant, comme il n’y a plus de cotisation, c’est l’Etat qui paye. Tant que l’Etat finance, l’Unedic finance dernière. L’Etat a reprise les cotisations même s’il y a un peu de CSG. » « Il n’y a pas de risque de cessation de paiement. Et on ne voit pas l’Etat dire qu’il arrête de payer le chômage. » « Si l’Etat coupait le robinet, ça créerait sans doute les conditions d’une forte mobilisation sociale. » Sur l’interdiction des licenciements « Il n’y a pas de solution miracle contre le chômage. » « Si on parle des plans sociaux des grosses boites qui profitent de la situation, comme Michelin par exemple, ces licenciements ne devraient pas être permis par la loi puisqu’ils n’ont aucune justification économique. » « En revanche, il est compliqué de dire à des restaurateurs qui se retrouveront en faillite – une fois que le chômage partiel va disparaitre – qu’ils ne peuvent pas licencier. On peut vite tomber dans le poujadisme. » « On continue de militer pour la réduction du temps de travail et une refonte complète de la fiscalité : si on répartit différemment le travail, il faut répartir la richesse produite et les salaires autrement. » « Le patronat adore le travail mais il aime un peu moins le salaire. » Sur le rapport au travail « Le besoin d’exercer une activité est extrêmement important pour la plupart des gens. » « Je me pose une question et je n’ai pas la réponse : est-ce qu’on peut faire société si des gens qui font le choix de ne pas travailler se retrouvent dans la même situation que ceux qui travaillent ? Si sur le plan philosophique ça peut se discuter, ça s’explique sans problème, mais ça me parait invendable à une société. » « Le rêve de Bruno Le Maire c’est que 90% des gens travaillent au SMIC, 45h par semaine, et qu’ils ferment leur gueule. » « Le besoin d’exister, le besoin d’existence sociale, le besoin d’interactions, on le voit avec le télétravail et son impact, est essentiel. » « Le télétravail est insupportable pour l’immense majorité des personnes de la même manière que les gamins étaient très contents de retourner à l’école. » Sur la gauche, le chômage, la précarité  « La gauche a un gros problème avec le monde du chômage et de la précarité. De même qu’avec le monde syndical. » « Paradoxalement la droite nous traitait plus mal mais c’était plus facile de discuter avec elle et notamment localement. » « Ça ne me fait pas plaisir de le dire mais localement, quand on est une association qui défend les précaires et les chômeurs, il est parfois plus facile de discuter avec des gens de droite que des gens de gauche. » « En 2002, Jean-Luc Mélenchon déclarait que c’était la faute aux chômeurs si Jospin n’était pas passée au deuxième tour alors que toutes les études montrent que les chômeurs ressemblent à la population et qu’ils votent comme tout le monde. Enfin il faut nuancer parce que le premier problème, c’est que les chômeurs ne votent pas mais globalement ils sont un peu comme le reste de la population. » La suite à lire sur www.regards.fr

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