« Les jeux ne sont pas faits », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.

 

L’affaire des professions de foi non parvenues aux électeurs, ou jetées à côté des boîtes à lettres, peut sembler en marge du résultat des élections régionales et départementales. Sans doute, mais ce n’est pas un couac, ni même un dysfonctionnement, dû à la seule société Adrexo, comme s’est empressé de le dire le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin en s’en lavant les mains. C’est la conséquence d’un choix politique jouant le privé contre le public, en l’occurrence contre La Poste. Symboliquement, c’était aussi remettre une partie du processus électoral au marché. On pourrait comprendre que certains électeurs aient évalué le sérieux de ces élections à l’aune de cette incurie.

Cela dit, les causes profondes de l’abstention massive, bien sûr, sont ailleurs. Le temps, les suites du Covid, peut-être, ont joué en partie. Mais la République en marche, souvenons-nous, devait faire de la politique autrement, faire exploser en même temps l’ancien monde et les vieux partis. C’est un flop. La formation conçue pour porter Emmanuel Macron au pouvoir s’est avérée incapable de proposer une offre politique nouvelle, jusqu’à reconduire toutes les ficelles usées de la vieille politique. L’envoi de cinq ministres en mission dans les Hauts-de-France, quatre en Île-de-France, en était une.

C’est un fiasco et les résultats d’ensemble de LaREM sont une défaite. C’est dans ces conditions que, ne voyant rien venir, celles et ceux qui se sont rendus aux urnes ont plutôt fait le choix de reconduire les sortants. Mais il y a plus encore. Quel enjeu de ces élections quand depuis des mois tout le débat politique tourne autour de l’élection présidentielle ? Avec un second tour qui serait joué d’avance dans une sorte d’hystérie monarchique exacerbant tous les traits négatifs des institutions de la Ve République. Le RN, lui-même, dès lors qu’il a voulu présenter ces élections comme un tremplin, a contribué à les dévaloriser en en faisant lui-même les frais. Bien sûr, la grande faiblesse de la participation interdit de penser que les cartes politiques sont rebattues. On peut cependant se permettre de se dire que les jeux ne sont pas faits.

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One thought on “« Les jeux ne sont pas faits », l’éditorial de Maurice Ulrich dans l’Humanité.

  1. René CHALIER

    Cet article met l’accent objectivement sur l’essentiel des causes de l’abstention. Bien sûr la Covid peut-être prise en compte mais pas seulement et loin sans faut. La nationalisation de ces élections (les commentaires au soir du premier tour étaient éloquents, la politique de Macron et sa façon de gouverner en sont également deux autres explications mais pas seulement.
    Autre aspect, la formation politique LR qui est arrivée en tête avec les meilleurs score en Auvergne-Rhône Alpes, Hauts de France et Ile de France s’explique, à mon sens par le fait que les candidats (M. Wauquiez, M. Bertrand, Mme Pécresse) ont développé les thèses plus fortement de la sécurité, de l’immigration, … que le RN ; alors pourquoi voter pour le RN !
    En tout cas, pour la République en Marche c’est bien la claque et en dehors de l’affiche E. Macron il n’y a personne, en particulier dans les provinces.
    Bien évidemment les jeux ne sont pas faits.

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